J’ai grandi près de la mer où j’ai fait très tôt ce que j’appelle “l’expérience du paysage”. C’est-à-dire vivre le paysage comme une extension de l’être. Depuis, par un phénomène retourné, toute sensation me semble un paysage.

Les évènements de la vie – recueillir le dernier souffle d’un proche, observer un homme sans mémoire, écouter de la musique –

se transforment en espace pictural. C'est expérimenter  le monde selon une synesthésie souple où la lumière, les odeurs et les sons se transposent en gestes, en formes, en couleurs. C'est voir la musique, comme on distinguerait un paysage. C'est emprunter des passerelles entre les sens.

Sur la toile, le papier ou la surface numérique sont déposés des signes de vie, entre danse et combat.
Les superpositions de traces finissent par tisser très serrés les sens, l’intuition, l’imagination et le raisonnement.

Cela convoque le regard affuté des pisteurs-chasseurs que nous sommes encore.
Enquête, indices, nos fouilles du regard nous racontent immanquablement des histoires, des mémoires.

Et c'est l'invite à s'immerger dans des espaces sensibles, où tout semble en équilibre ténu, à la limite de la dissolution et du chaos, dans un désir de mouvement permanent.